(source : http://www.globalresearch.ca/the-irish-slave-trade-the-forgotten-white-slaves/31076 )

lls sont venus comme esclaves, vastes cargaisons humaines transportées sur de grands navires britanniques à destination des Amériques. Ils furent expédiés par centaines de milliers, hommes, femmes, et même les  enfants les plus jeunes. S’ils se rebellaient ou désobéissaient à un ordre, ils étaient punis de la pire des façons. Les esclavagistes pendaient ces humains dont ils étaient propriétaires par les mains et leur brûlaient les pieds ou les mains pour les punir. Ils étaient brulés vifs et leur tête était placée sur un pieux au marché en avertissement pour les autres captifs. Mais est-il besoin de s'apesantir sur le détail de ces procédés sanguinaires ? Nous connaissons les atrocités de la traite des nègres.

Mais parlons-nous de l’esclavage des africains ? Les rois James II et Charles Ier ont mené des politiques continues visant à mettre en esclavage les Irlandais. Le célèbre britannique Oliver Cromwell perpétua cette pratique de déshumanisation des voisins irlandais.

Le commerce d’esclaves irlandais commença quand James II vendit 30 000 prisonniers irlandais comme esclaves au Nouveau Monde. Sa proclamation de 1625 ordonnait que les prisonniers politiques irlandais soient exilés outre-mer et vendus à des colons anglais des Caraïbes. Au milieu du XVIe siècle, les esclaves vendus à Antigua et à Montserrat étaient principalement des Irlandais. À cette époque, 70 % de la population totale de Montserrat était composée d’esclaves irlandais.

L’Irlande devint rapidement la plus grande source d'esclaves pour les marchands anglais. Les premiers esclaves du Nouveau Monde étaient en réalité majoritairement des Blancs.

De 1641 à 1652, plus de 500 000 Irlandais furent assassinés par les Anglais et 300 000 autres vendus comme esclaves. La population irlandaise chuta de 1,5 million d'habitants à 600 000 en une décennie. Les familles déchirées par les Britanniques qui interdisaient aux hommes irlandais d'emmener femmes et enfants avec eux sur l'autre rive de l’Atlantique. Cette politique engendra une population de femmes et d’enfants sans abris, sans protection, que les britanniques vendirent aux enchères eux aussi.

Durant les années 1650, plus de 100 000 enfants irlandais âgés de 10 à 14 ans furent arrachés à leurs parents et vendus comme esclaves dans les Caraïbes, en Virginie et en Nouvelle-Angleterre. Pendant cette décennie, 52 000 Irlandais (pour la plupart des femmes et des enfants) furent vendus aux Barbades et en Virginie. 30 000 hommes et femmes irlandais furent déportés pour être vendus au plus offrant. En 1656, Cromwell ordonna que 2 000 enfants irlandais soient emmenés en Jamaïque et vendus comme esclaves à des colons anglais.

Nombreux sont ceux aujourd’hui qui évitent de désigner les esclaves irlandais par le nom de ce qu’ils étaient vraiment : des esclaves. Ils utilisent des termes tels que « serviteurs sous contrat » pour décrire ce qu'il advint aux Irlandais. En réalité, dans la plupart des cas au XVIIe et au XVIIIe siècle, les esclaves irlandais n’étaient rien d'autre que du bétail humain.

 

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Par exemple, le commerce d’esclaves africains commençait à peine à cette époque. Il est bien établi que les esclaves africains, pas entachés de la théologie catholique alors méprisée et plus onéreux à acheter, étaient souvent bien mieux traités que les esclaves irlandais.

Les esclaves africains étaient très coûteux à la fin des années 1600 (50 sterlings). Les esclaves irlandais étaient bon marché (pas plus de 5 sterlings). Si un planteur fouettait, marquait ou battait un esclave irlandais à mort, ce n’était jamais un crime. La mort d’un esclave représentait une perte financière, bien moins forte dans le cas d'un irlandais que d'un africain plus onéreux. Les maîtres anglais commencèrent rapidement à se reproduire avec les femmes irlandaises autant pour leur plaisir personnel que pour augmenter leurs profits. Les enfants d’esclaves étaient eux-mêmes des esclaves, ce qui renforçait encore la main d'oeuvre gratuite des maîtres esclavagistes. Même si une femme irlandaise devenait libre d’une quelconque manière, ses enfants restaient esclaves de son maître. En conséquence, les mères irlandaises, malgré cette émancipation fraîchement acquise, abandonnaient rarement leurs enfants et restaient en servitude.

Avec le temps, les Anglais pensèrent à un meilleur moyen d’utiliser ces femmes (dans de nombreux cas, de jeunes filles d'à peine douze ans) pour augmenter leur part de marché : les colons commencèrent à faire se reproduire des femmes et des filles irlandaises avec des hommes africains pour produire des esclaves à la couleur distinctive. Ces nouveaux esclaves « mulâtres » revenaient à un prix plus élevé que le bétail irlandais et en outre permirent aux colons de faire des économies au lieu d’acheter de nouveaux esclaves africains. Cette pratique consistant à croiser des femmes irlandaises et des hommes africains se prolongea sur plusieurs décennies et était si répandue que, en 1681, une loi fut votée « interdisant la reproduction de femmes esclaves irlandaises avec des hommes esclaves africains dans le but de produire des esclaves pour la vente ». En résumé, elle fut stoppée seulement parce qu’elle interférait avec les profits d’une grande compagnie de transport d’esclaves.

L’Angleterre continua à expédier des dizaines de milliers d’esclaves irlandais pendant plus d’un siècle encore. Les archives historiques montrent que, après la révolte irlandaise de 1798, des milliers d’esclaves irlandais furent vendus en Amérique et en Australie. Il y eut des abus atroces faits sur des captifs autant africains qu’irlandais. Un navire britannique jeta même dans l’Atlantique 1 302 esclaves pour que l’équipage reçoive en partage la nourriture qui leur était destinée.

Il fait peu de doute que les Irlandais subirent les horreurs de l’esclavage autant (sinon plus, au XVIIe siècle) que les Africains. Il fait aussi peu de doute que ces visages métissés que vous observez dans vos voyages aux Caraïbes sont très probablement un mélange d’ascendances africaines et irlandaise. En 1839, la Grande-Bretagne décida finalement de sa propre initiative de mettre fin à cette traite infernale et arrêta le transport d’esclaves. Cette décision n’empêcha pas les pirates de faire comme bon leur semblait, la nouvelle loi mit lentement fin à CE chapitre cauchemardesque de la misère irlandaise.

 

 

Mais si quiconque, noir ou blanc, pense que l’esclavage fut seulement une expérience africaine, alors il a tout faux.

L’esclavage irlandais est un sujet qui mérite qu’on le garde en mémoire, qu’on ne l’efface pas de nos esprits.

Mais où sont nos écoles publiques (et privées) ? Où sont les livres d’histoire ? Pourquoi est-ce si rarement rapporté et rappelé ? La mémoire de centaines de milliers de victimes irlandaises ne mérite-t-elle pas plus que la mention d’un auteur inconnu ?

Ou leur histoire deviendra-t-elle fidèle à ce que voulaient les pirates anglais : une histoire (contrairement au récit africain) irlandaise intégralement oubliée, comme si elle n’avait jamais existé.

Aucune des victimes irlandaises ne put rentrer sur sa terre natale pour raconter son calvaire. Ce sont les esclaves perdus ; ceux que le temps et les livres d’histoire biaisés ont commodément oublié.